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Deux lettres à l'Association Internationale des Travailleurs

Luxembourg, le 13 août 1871

Citoyen Hins,

Voilà bientôt quinze jours que j'ai reçu votre lettre et pendant ce laps de temps j'ai fait mon possible pour me conformer aux instructions que vous me donnez, afin de parvenir à grouper en un tout compact les sociétés ouvrières de cette ville, maintenant isolées et impuissantes, pour les affilier à la grande confrérie internationale. Mais je dois vous dire que cette tâche que j'ai d'abord cru aisée, est plus difficile que je me l'étais imaginé. S'il ne s'agissait que de nous compositeurs-typographes et des gantiers, cela irait vite ; mais les autres métiers ne sont pas si faciles à travailler. D'abord parce qu'ici chaque métier se tient, ne se fréquente pour ainsi dire qu'entre soi. Moi, personnellement, je ne connais que mes collègues et quelques gantiers ; quand j'aborde un menuisier, un serrurier ou autre, eh bien ! on se défie, on ne me croit pas ; mais avec le temps, j'espère que cela se fera pourtant. Nous irons lentement, mais nous avancerons tout de même. La seconde chose, ce sont les patrons qui sont tout à fait opposés à ce que l'Internationale s'implante ici. Ainsi voilà le mien qui, depuis que je re�ois " La Liberté " me bat froid et a l'air de me dire : " Mon ami, une fois que je serai sûr, tu fileras ! ". Vous comprenez que nous devons dès lors aller avec la plus grande circonspection pour ne pas éveiller les craintes folles de ces bourgeois qui croient que l'Internationale est une société qui n'a d'autre but que de piller les coffres et brûler ou plutôt " pétroliser " leurs bicoques. Pour toutes ces raisons, je ne puis donc encore vous donner de grandes nouvelles de nos agissements. Aller trop vite en besogne serait tout compromettre. Aussitôt que nous formerons le noyau de propagande, c'est-à-dire quand nous serons parvenus à grouper quelques membres des autres métiers avec nous , je vous le ferai savoir et je compte sur votre obligeance pour nous faire parvenir un modèle de règlement sur lequel nous pourrons nous confirmer. En attendant " La Liberté " circule d'atelier en atelier et sa lecture préparera également le terrain. J'espère que mes prochaines nouvelles seront meilleures.

Salut cordial.

Schwartz

PS. Je vous prie d'envoyer "La Liberté", non pas à notre atelier, mais chez M. Heuardt, rue Beaumont.

Luxembourg, le 23 septembre 1871

Monsieur Hins,

Il y a longtemps déjà que j'avais voulu avoir des renseignements sur la manière de créer une société embrassant tous les ouvriers du Grand-Duché en général, sans y parvenir. Grâce à Moriamé , un Arlonnais comme Schwartz et moi, nous sommes parvenus à connaître votre adresse et votre influence dans l'Internationale, le spectre rouge et le cauchemar des maltôtiers et exploiteurs bourgeois. Aussi dès réception de votre lettre à Schwartz, nous nous sommes mis à l'�uvre pour réunir en un faisceau les ouvriers qui, isolés, sont si faciles à exploiter. Comme le nom de l'Internationale est odieux au clergé qui a une si néfaste influence dans notre petit pays, nous avons pris le titre de " Luxemburger Allgemeiner Arbeiterverein " (Société des ouvriers luxembourgeois réunis) . Et sous le couvert de mutualité, nous continuerons jusqu'à ce que nous ayons les fonds nécessaires pour nous affilier avec la grande et sublime " Internationale ". Les gantiers, les chamoiseurs, les mégissiers, les typographes, et beaucoup de travailleurs d'autres métiers se sont empressés de répondre à notre appel. La première réunion, tenue le 17 septembre dernier, nous a apporté à peu près trois cents signatures. Malheureusement, nous ne sommes pas encore constitués que déjà le journal catholique le " Wort " nous fait une guerre acharnée. Il reproduit, en l'accompagnant d'invectives et de menaces, la circulaire que nous avons adressée aux ouvriers, mais malgré cela, vous voyez que notre première réunion a parfaitement réussi. Je vous prie de m'envoyer les Statuts de la Société, pour que nous puissions les traduire en allemand, l'ouvrier luxembourgeois, à de rares expressions, ne parle pas le fran�ais, et à en faire les changements nécessaires à la réussite. En suite veuillez adresser le journal " La Liberté " à moi, car Schwartz va partir. " L'Avenir " cessant de paraître vers le 1er octobre pour faire place au " Progrès ", journal plus petit, huit de nos compositeurs partent pour Paris. Je regrette beaucoup ce départ, parce qu'il nous prive de gar�ons très intelligents qui nous eussent été d'un grand concours. Je vous tiendrai au courant des progrès que nous ferons, et je vous enverrai de temps en temps quelques réflexions et inspirations que vous arrangerez de manière qu'elles puissent paraître dans " La Liberté ", je ne suis pas compétent en matière de rédaction. Si nous avions un homme indépendant et assez posé pour la présidence de notre société ! Jusqu'ici nous n'en avons pas, mais nous espérons en trouver un. Si j'avais trente ans au lieu de vingt-six, je n'hésiterais pas à la diriger ; mais il faut aux Luxembourgeois un homme posé, ils n'ont pas confiance en la jeunesse. J'ai l'honneur d'être votre frère et un chaud partisan de l'Internationale.

N. Schneider , correcteur au journal " L'Avenir "

PS : Schwartz regrette de ne pouvoir venir vous parler, dans tous les cas, il vous écrira. Ne m'écrivez pas à l'Imprimerie, mais rue du Rost à Luxembourg.